Les récentes découvertes de pétrole au Sénégal ont accentué la rivalité entre le pays et la Côte d’Ivoire pour le titre de première puissance d’Afrique de l’Ouest francophone. Jeune Afrique a analysé cette rivalité suivant huit points. Voici la synthèse de Nakodal.?

 

Avec 7,6% de croissance en 2017, la Côte d’Ivoire conforte sa position de premier pôle économique de l’Uemoa et le troisième de la Cedeao, derrière le Nigeria et le Ghana. Et même si ses exportations (5356 milliards de francs Cfa, soit 3 fois celles du Sénégal) restent dépendantes du cacao (53,5%), le pays de la lagune Ébrié dispose d’un facteur de résilience économique solide : la taille de sa classe moyenne.

“Il y a 4 millions de personnes qui gagnent entre 5 et 20 dollars (environ 3000 à 12 000 francs Cfa) par jour, contre 2,2 millions au Sénégal”, indique Bakary Traoré, économiste à l’OCDE, repris par Jeune Afrique.

Les exportations du Sénégal, constituées principalement d’or (14%), de pétrole raffiné (12%) et de poisson surgelé (8,7%), sont plus variées que celles de la Côte d’Ivoire. Et le pays va bientôt produire du pétrole, “à un moment où son économie était déjà diversifiée”, signale le géologue Fary Ndao.

Verdict : “De bonnes perspectives pour le Sénégal, qui devrait connaître une croissance comparable à celle de la Côte d’Ivoire, mais pas au point de la rattraper.” (Jeune Afrique)

 

L’un des principaux avantages concurrentiels du Sénégal en Afrique, c’est sa stabilité. Aucun coup d’État sur un continent qui en a comptés 70 entre les Indépendances et les années 1990. De quoi attirer les investissements directs étrangers, qui représentent 2,7% du Pib du pays.

Malgré le calme noté depuis 2011 et l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara, le climat reste volatile en Côte d’Ivoire. Ce qui rend circonspects les investisseurs et constitue une menace pour le redémarrage économique relevé depuis 2011. À preuve, l’homme d’affaires Aimé Sène confie à Jeune Afrique avoir différé un projet hôtelier dans la capitale ivoirienne à cause des incertitudes liées à la présidentielle de 2020.

Verdict : Le Sénégal tient la corde, mais devra surveiller ses arrières, avec les tensions qui se font sentir à l’approche de la présidentielle de 2019.

PERFORMANCE DE L’ADMINISTRATION

Fonction publique bien organisée, services fiscaux et Douanes “agressifs” : le Sénégal peut compter sur une administration performante. Même si beaucoup reste à faire, notamment en matière de règlement des litiges.

La Côte d’Ivoire présente les mêmes atouts, malgré les soubresauts subis par l’administration ivoirienne avec la crise de 2010. Et Abidjan peut s’appuyer sur les recettes de ses exportations de produits agricoles pour financer son budget.

Dans un rapport d’évaluation de la gouvernance des États, publié en 2016 par la Banque mondiale, Dakar dame le pion à Abidjan en matières d’efficacité gouvernementale (36,5 sur 100 pour le Sénégal contre 26,9 pour la Côte d’Ivoire), de qualité de la régulation (49 contre 39,9) et de lutte anticorruption (61,6 contre 27,3).

Verdict : Le Sénégal dispose de meilleures capacités institutionnelles par rapport à la Côte d’Ivoire.

S’il y a un domaine dans lequel les performances du Sénégal sont indéniables depuis l’élection de Macky Sall en 2012, c’est l’assainissement des comptes publics. Dakar a réussi à faire passer son déficit budgétaire de 6,7% en 2011 à 3,5% en 2017.

La Côte d’Ivoire, pour sa part, affiche une situation macroéconomique globalement saine. Certes la dette publique du pays est montée à 47% du PIB en 2016, selon le FMI, et un rapport de la Banque mondiale, publié en début d’année, relève une hausse de 0,5 point du déficit (de 4% en 2016 à 4,5% en 2017), mais la situation budgétaire de l’État reste maîtrisée.

Verdict : “La gestion rigoureuse des finances publiques par Alassane Ouattara, ancien cadre du FMI et de la Bceao, semble ici donner l’avantage à la Côte d’Ivoire.” (Jeune Afrique)

 

1500 entreprises, 21,3 milliards d’euros (13 951 milliards de francs Cfa) de chiffres d’affaires, plus de 200 000 emplois et 80% de parts aux recettes de l’État : la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire, principale organisation patronale locale, est la preuve de la forte influence du secteur privé ivoirien sur le pays. “Le (patronat) ivoirien est l’un des plus dynamiques et diversifiés de la sous-région”, a relevé le gouverneur de la Bceao, Tiémoko Meylet Koné.

Au Sénégal, les deux principales organisations patronales, la Confédération nationale des entreprises du Sénégal et le Conseil national du patronat, n’ont ni le même poids ni le même impact que leurs homologues ivoiriennes.

Verdict : Il n’y a pas match : les patrons ivoiriens, plus performants, pèsent sur l’économie de leur pays davantage que leurs pairs sénégalais sur la leur.

CAPACITÉS LOGISTIQUES

À gauche, le Port d’Abidjan : connecté à la voie ferrée Abidjan-Ouagadougou où circulent, chaque année, 800 mille tonnes de marchandises et 200 mille passagers.

À droite, le Port de Dakar : seulement 6000 tonnes  de fret par an sur le corridor Dakar-Bamako, qui relie le Sénégal au Mali, son premier client à l’export avec 4 millions de tonnes de marchandises acheminées par an.

Verdict : “La Côte d’Ivoire dispose d’une nette longueur d’avance sur le Sénégal en tant que plateforme régionale pour l’Afrique de l’Ouest. Le port d’Abidjan est le leader régional devant Lagos et Dakar.” (Jeune Afrique)

RÉPARTITION DES RICHESSES ET DE LA CROISSANCE

Au classement 2016 de l’Indice de développement humain, établi par le Pnud pour 188 pays, le Sénégal (162e) devance la Côte d’Ivoire (171e).

Abidjan se rattrape sur un autre plan : selon la Banque mondiale, le pourcentage de la population ivoirienne vivant avec moins de 1,9 dollar (988 francs Cfa) par jour est passé de 29,1% en 2008 à 28,2% en 2015 tandis qu’au Sénégal, la part de la population vivant avec moins de 1,9 dollar (988 francs Cfa) par jour est passée de 38,4% à 38% entre 2005 et 2011.

Verdict : Malgré une part de la population vivant avec moins de 1,9 dollar par jour plus importante qu’en Côte d’Ivoire, le Sénégal peut compter sur une “société plus égalitaire”. Surtout avec la mise en place des bourses sociales, “l’un des meilleurs systèmes de filets sociaux du continent, avec 30% des ménages les plus pauvres couverts”, selon la Banque mondiale.

Pour le Sénégal et la Côte d’Ivoire, l’agriculture reste le principal employeur et les besoins dans le secteur de la construction grandissent. Dans la foulée de l’amélioration du climat des affaires, les entreprises se structurent et rationalisent leurs activités.

Côté ivoirien, l’on se focalise sur les cursus publics en ingénierie de l’Institut national polytechnique Félix-Houphouët Boigny de Yamoussoukro, notamment. Côté sénégalais, l’offre de formation, supportée par le privé, est plus complète.

Verdict : “Le Sénégal semble mieux armé (que la Côte d’Ivoire) pour former une main-d’œuvre adaptée à (ses) nouveaux besoins” en ressources humaines (Jeune Afrique).

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